Tribune : Macron devra sortir de la communication politique a l’ancienne

A l’occasion de la déclaration de candidature d’Emmanuel Macron à l’élection présidentielle, je publie cette tribune dans La Tribune.

Ce mercredi 17 novembre, après des mois de teasing, sans vraie surprise, Emmanuel Macron annonce sa candidature à l’élection présidentielle, se voulant être l’homme providentiel du renouveau de la politique – non le renouveau ce n’est pas que Bruno. Pourtant, celui qui se voulait innovant, notamment en matière de communication se prend les pieds dans le tapis des vieux codes.

 Fond bleu clair, drapeaux protocolairement placés à l’arrière de son épaule droite, pupitre et déclaration à la presse, qui finit par le traditionnel « vive la République, vive la France ». Une déclaration comme on en a connu des dizaines ces dernières années, voire ces derniers mois. On notera d’abord que le drapeau européen est inversé : le protocole veut que l’on montre 4 étoiles en arc de cercle incurvé vers la droite, ici, le drapeau montre l’arc de cercle incurvé vers la gauche.

Rien de neuf

Le bandeau du pupitre, très large, comme pour asseoir une stature imposante ne montre aucune élégance. On y oublie même de mentionner un hashtag ou une adresse de site internet. Ce  même bandeau qui préfère mettre en avant « déclaration d’Emmanuel Macron » plutôt que la date et le lieu « Bobigny – 16 novembre 2016 ». Comme si on ne comprenait pas que la personne derrière le pupitre faisait une déclaration.

 Visuellement, rien de neuf. Stratégiquement, pas plus. L’ancien conseiller puis ministre de François Hollande invite les journalistes pour une déclaration, devant quelques militants et responsables de son mouvement. Pour le lieu il choisi la banlieue parisienne, signe qu’il n’utilisera pas la technique du storytelling de l’encrage locale, lui qui n’a jamais été élu. En 2011, François Hollande se déclarait à Tulle, Martine Aubry à Lille … Ce choix d’une ville populaire, jeune, marquée par la diversité de ses habitants pourrait être le signe d’une campagne, d’une politique tournée vers ceux qui se sentent si oubliés par la politique. Au final, ils ne sont pas là. Emmanuel Macron parle aux journalistes.

Stratégie de déstabilisation des partis

Le choix de la date ne surprendra finalement personne dans la stratégie de déstabilisation des partis politiques. A quelques jours du premier tour de la primaire de la droite, il veut s’imposer comme une alternative centro-libérale, qui pourrait faire renoncer de potentiels électeurs de Juppé et voir gagner Nicolas Sarkozy, libérant ainsi un espace politique et électoral pour l’ancien ministre de l’Économie. Pour la gauche, il n’attend finalement pas que François Hollande annonce s’il est bel et bien candidat, rebattant les cartes et les calculettes du Parti Socialiste.

Réussite médiatique

Si cette déclaration ne montre rien de vraiment novateur, ni sur le fond, ni sur la forme, avec un discours lu sans grande émotion. Il aura finalement réussi son opération médiatique. Faisant fuiter hier en fin d’après-midi l’annonce de sa candidature, il enclenche la machine médiatique qui reprend la rumeur. Ce matin, pas une interview politique en matinale n’échappe au sujet. Les responsables politiques ou candidats sont obligés de répondre à la question « que pensez-vous de cette annonce », occupant une large partie de leur temps de parole, et occultant donc le message qu’ils étaient venus porter.

 Pour émerger, dans les prochains jours, et sur la durée d’une campagne présidentielle, il faudra à Emmanuel Macron plus d’audace dans sa communication et sortir des travers habituels d’une communication politique à l’ancienne.